« Ce qui compte, ce n’est pas une œuvre, c’est la trajectoire de l’esprit durant la totalité de la vie. » Juan Miro

 

  • Définition 

J’entends par la notion de « trajectoire de coconstruction de la rétroaction corrective », une approche spécifique permettant de mettre à jour l’ensemble des processus dynamiques de coconstruction de l’interaction lors des séquences de rétroactions correctives, à la fois par les traces objectives collectées dans les interactions en ligne sur différents espaces et dans différentes temporalités mais aussi par les traces subjectives, individuelles mises au jour chez les participants au cours des interactions et dans leurs discours.

Ainsi la notion de trajectoire permet de révéler les aspects à la fois spatiaux et temporels des séquences de rétroactions correctives mais aussi les aspects cognitifs, individuels et sociaux, sans oublier le référentiel dans lequel le « mouvement » s’effectue, c’est-à-dire les interactions en ligne.

 

  • Représentation schématique de la trajectoire de la rétroaction corrective en ligne

Dans cette trajectoire (représentée en bleu), les points 1 et 2 font référence aux traces primaires de la rétroaction corrective observées dans les interactions et dans les bilans multimodaux. Les points 3 à 5 correspondent aux « traces en mémoire » de la rétroaction corrective repérées dans les discours des participants.

 

 

Représentations visuelles et dynamiques de la trajectoire de coconstruction de la rétroaction corrective

Ci-dessous, je propose deux vidéos illustrant deux trajectoires de coconstruction de la rétroaction corrective par les enseignants et les apprenants. Ces vidéos permettent de montrer les aspects dynamiques de cette coconstruction et de la transformation de l’interaction mais également les aspects liés à la mémorabilité de l’évènement.

Remarque : Dans certaines vidéos ci-dessous, j’ai proposé des extraits d’interactions sous-titrés afin de rendre compte du rythme de l’interaction et notamment des chevauchements entre les propos des participants. Le temps et la temporalité des rétroactions correctives prend une place importante dans ces trajectoires ce que j’ai tenté de mettre en valeur par une reconstruction, par abstraction, de celles-ci.

  • Trajectoire 1 (transcriptions 17, 18, 19) : Rétroaction corrective à forte densité modale pluritemporelle.

La séquence ci-dessous, nous permet de repérer les effets de l’interconnexion entre le temps, la temporalité et d’autres ressources sémiotiques utilisées par l’enseignante Adèle lors d’une longue séquence de rétroaction corrective afin de mettre en lumière les variations de sa posture corrective.

Cette séquence corrective survient lors de l’ouverture de la séance 3, à un moment où l’apprenante Alannah explique à quel point elle trouve les bilans multimodaux asynchrones utiles en particulier en ce qui concerne la prononciation et bute sur ce mot, ce qui ouvre la parenthèse corrective. L’enseignante réouvrira cette séquence en asynchrone en utilisant le bilan multimodal.

Dans cette trajectoire, on s’attachera à observer les ressources sémiotiques utilisées par l’enseignante pour fournir une rétroaction corrective synchrone mais aussi asynchrone.  En effet, on peut observer que le fait d’interconnecter (ou pas) certaines ressources sémiotiques (gestes, mimiques faciales, verbal mais aussi le rythme et la temporalité) permet à l’enseignant d’intensifier ou de relâcher sa posture corrective.

 

  • Trajectoire 2 (transcriptions 20 et 21) : Rétroaction corrective à faible densité modale pluritemporelle.

Dans l’extrait ci-dessous, qui se situe en début de séance 4, l’enseignante Samia demande à ses apprenants Sean et Angela s’ils ont des commentaires sur leur bilan multimodal de la séance précédente. Sean indique qu’il apprécie les petits extraits audio pour la prononciation et bute sur ce mot. L’enseignante repère la difficulté de son apprenant mais décide de ne pas intervenir tout de suite et pose un marqueur pour différer sa correction en ajoutant un commentaire dans le bilan multimodal asynchrone.

Dans l’extrait ci-dessous, nous pouvons observer comment les participants coconstruisent l’interaction en tirant profit de  la pluritemporalité des échanges tout en utilisant peu de ressources sémiotiques.

Version améliorée ajoutée le 18/10 :

 

  • Caractéristiques des trajectoires de coconstruction de la rétroaction corrective

– La trajectoire 1 correspond à une rétroaction à « maillage serré », c’est-à-dire une longue séquence de rétroaction corrective pendant l’interaction synchrone (1min30) puis une réouverture de la rétroaction en asynchrone avec des commentaires écrits et un audio (18s) qui semble avoir pour effet notamment d’adoucir la posture corrective de l’enseignante, de fournir une nouvelle aide et de renforcer la mémorabilité de la rétroaction.

– La trajectoire 2 correspond à une rétroaction corrective à « maillage relâché », c’est-à-dire à l’ouverture de la séquence de rétroaction corrective pluritemporelle avec une courte mise en mémoire de l’erreur pendant la séance synchrone 3 grâce à des rires partagés (10s), la fourniture d’une rétroaction corrective asynchrone dans le bilan multimodal contenant des commentaires écrits et un enregistrement audio (5s) de l’enseignant. Enfin, une clôture de la séquence en synchrone dans la séance suivante (séance 4) avec des marques de connivences (5s).